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"Quand je disais non, il essayait quand même d’enlever ma culotte" : insomniaques, ils doivent lutter pour préserver leur libido

"Quand je disais non, il essayait quand même d’enlever ma culotte" : insomniaques, ils doivent lutter pour préserver leur libido Photo : Getty Images
"Quand je disais non, il essayait quand même d’enlever ma culotte" : insomniaques, ils doivent lutter pour préserver leur libido Photo : Getty Images

Si certains redoutent le coucher car ils ont peur de faire des cauchemars, d'autres craignent le seul fait d'aller au lit. Allongés, ils ne parviennent pas à s'endormir, se réveillent fréquemment et creusent alors leur dette de sommeil. Souvent incomprise, l'insomnie chronique complique le quotidien et peut affecter la vie sexuelle. Les insomniaques ont-ils pour autant fait une croix sur le sexe ?

Du stress au travail, des problèmes de santé, l'excitation de la journée à venir... Toutes ces raisons peuvent nous rendre incapables de fermer l'œil. Le lendemain, on parlera d'insomnie et, fatigués de la veille, on s'endormira sans grande difficulté. Passée dans le langage courant, l'insomnie est pourtant un trouble du sommeil souvent incompris ou sous-estimé, qui peut avoir de graves conséquences à court et moyen terme.

"Si quelqu'un se plaint d'un trouble qui se présente trois fois par semaine et que c'est installé depuis plus de deux mois, on va considérer que la personne est insomniaque", explique Mireille Barreau, sophrologue spécialisée dans les troubles du sommeil et autrice de "Destination sommeil".

Selon une enquête réalisée par l'Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), 21% des Français déclarent souffrir d'insomnie. Ce trouble du sommeil engendre une grande fatigue qui bouscule le quotidien, et parfois la vie sexuelle de ceux qui en souffrent. En effet, les troubles du sommeil entraînent une baisse du niveau d'oestrogène et de testostérone, les hormones qui jouent un rôle essentiel sur la libido des individus. L'insomnie peut également générer des troubles de l'érection.

"Quand je disais non pour qu’on fasse l’amour, il essayait quand même d’enlever ma culotte"

Gaël* a été victime d'insomnies pendant son cursus scolaire et cela a mené à la rupture de son couple : "Quand j'étais avec mon ancien mec, je stressais pour les études, et c’est vrai que lui n’était pas très compréhensif. Je n’avais pas forcément la tête aux câlins, et il ne le prenait pas très bien. J’ai essayé de lui expliquer, mais il avait une vraie frustration au niveau sexuel avec moi. Quand je lui expliquais que j’étais naze, que j’avais pas dormi la nuit précédente et que du coup je n’avais pas forcément la tête à faire l’amour, lui il ne comprenait pas bien. Pour lui, faire l’amour ça durait cinq minutes. On était en couple, on vivait ensemble, forcément on devait b*iser. Quand je disais non pour qu’on fasse l’amour, il essayait quand même d’enlever ma petite culotte… Il ne m’a jamais pénétré de force, mais il était particulièrement insistant", rapporte-t-il. L'attitude de son compagnon déplaît très fortement au jeune homme, et la fatigue des insomnies participe à tendre les relations dans le couple. Jusqu'à la rupture : "On s’est séparés à la suite de ça. Je ne pense pas qu’il ait compris que c’était l’une des raisons de notre rupture, qu’il m’ait vraiment pris au sérieux à ce moment-là."

Mathis*, lui aussi en couple, tente de composer entre vie sexuelle et nuits reposantes : "J'ai toujours eu du mal à dormir, depuis que je suis né en fait. J'ai fait ma première nuit à l'âge de 4 ans. Quand je dors plus mal que d'habitude sur une longue période, en général je n'ai pas trop d'activité sexuelle, et ça me stresse", confie-t-il. "Là, je suis dans une relation, et je me dis 'vas-y tu dois faire un effort, c'est pas parce que t'as pas dormi qu'il faut pas avoir de vie sexuelle'. Et quand c'est comme ça, t'essaies de te motiver, tu fais "semblant" de ne pas être fatigué, tu te mens à toi-même."

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Mais, comme le mentionne la sexologue Alexandra Vatimbella, contactée pour les besoins de cet article, "la libido est sensible à plein d'autres facteurs". Ainsi, "le stress crée aussi des effets négatifs sur l'excitation, au niveau physiologique. Parce que lorsqu'on est stressé, on n'est pas du tout en condition pour avoir les effets de l'excitation, qui sont l'érection du pénis ou du clitoris. Le sang ne va pas aller irriguer des organes sexuels, mais plutôt ceux qui sont nécessaires pour réagir à une situation de danger."

L'insomnie peut aussi favoriser les maladies cardiovasculaires, dont l'hypertension : "Ça, ça ne va pas bien avec l'érection, parce que les artères s'épaississent, donc le sang n'arrive pas aussi bien dans le pénis ou dans le clitoris. En fait, il y a à la fois des effets qui surviennent avant l'excitation, sur la libido, mais il peut y avoir aussi des effets sur les réactions physiologiques de l'excitation, qui sont les érections", détaille la sexologue.

"Il ne comprend pas forcément pourquoi je suis moins disponible pour faire des câlins"

Quand la fatigue prend le dessus, il n'est pas toujours évident de préserver sa relation. De nouveau en couple, Gaël est encore sujet aux insomnies, et c'est une source d'inquiétude pour l'équilibre de sa relation. "Le soir, je n'ai qu’une envie c’est de dormir, donc quand mon mec vient vers moi, je ne suis pas forcément disposé pour ça. Le fait que je sois moins disposé à faire des câlins ça frustre mon copain, qui lui est très demandeur. Il ne comprend pas forcément pourquoi je suis moins disponible pour faire des câlins, que je fasse moins d’efforts pour le séduire... Un soir, il m’a dit qu’il s’inquiétait du fait que je n’aie plus de désir pour lui, il s’inquiétait de savoir si j’avais un autre mec…"

Le soutien du partenaire sexuel est pourtant primordial pour maintenir la relation à flot. "Le manque de sommeil peut rendre irritable, donc ça crée une mauvaise intimité émotionnelle, de la frustration, une mauvaise entente dans le couple et donc ça ne favorise pas la libido", précise Alexandra Vatimbella.

Nina* avoue parfois rencontrer ce genre de problèmes avec son compagnon : "Quand t'as fait une grosse insomnie, que tu as dormi une ou deux heures la veille, que tu rentres chez toi et que ton mec est chaud mais que toi tu es juste crevée, tu sens l'impact de la fatigue et des angoisses. Déjà, t'es trop fatiguée pour avoir une relation sexuelle et en plus t'en as même pas envie, t'es juste énervée et dégoûtée. Quand il est un peu tard, ça va me stresser parce que je vais penser aux nombre d'heures de sommeil que je vais avoir en moins. Du coup je ne suis pas du tout dans le moment et dans l'acte."

"Je n'osais pas "passer pour la chieuse" en disant que j'étais fatiguée tout le temps"

Préserver les moments intimes dans le couple nécessite parfois un changement dans les habitudes. "Les moments de sensualité demandent aussi une disponibilité mentale. Si on ne se couche pas en même temps, il va falloir trouver un autre moment pour faire l'amour. Il faut créer des moments favorables où les deux sont disponibles, ont un peu de temps à passer avec l'autre. On se donne des rendez-vous, on se prévoit des moments... Comme des "siestes" dans le week-end", préconise Alexandra Vatimbella.

Une formule qui fonctionne pour Nina : "Pour remédier à ça, j'aime bien le faire à d'autres moments que le soir, où je vais être fatiguée ou stressée par rapport à ma nuit. Le matin ou l'après-midi je suis mieux, j'ai plus de libido, je suis plus en forme et j'ai plus envie."

"Dans cette situation je vais demander s'il est possible de dormir dans des pièces séparées. Ou alors, si ce n'est pas possible, dans des lits séparés", indique Camille Bataillon, sexologue, pour qui la coopération et l'échange dans le couple sont essentiels. "Effectivement, si je suis requinquée parce que j'ai pu avoir une meilleure nuit, ça influence le désir. Il faut voir comment organiser la journée, la vie de couple en conséquence pour éviter d'être encore plus fatiguée. C'est en discutant qu'on peut trouver des solutions. Cela arrive de dire à notre partenaire 'c'est bon, prends un médicament, et puis tu arriveras à dormir.' Mais parfois il y a de l'anxiété, des choses qui peuvent expliquer une insomnie. L'intérêt pour l'autre personne, c'est d'avoir ces informations. Arriver à comprendre la situation sans la juger, ce n'est pas toujours évident."

C'est justement par peur du jugement que Nina n'a jamais évoqué les conséquences de ses insomnies avec ses partenaires : "Ils n'ont jamais su que ça impactait ma libido, parce que je n'osais pas "passer pour la chieuse" en disant que j'étais fatiguée tout le temps. C'est quelque chose que je ne referai plus dans mes futures relations."

"Le manque de concentration, de motivation et de libido, tout était lié"

Si les troubles du sommeil et les troubles sexuels vont souvent de pair, ils sont sous-estimés, voire incompris et passent la plupart du temps sous les radars. "Ces deux problèmes ne sont souvent ni diagnostiqués ni traités", a regretté le Docteur Taylor Kohn, auteur d'une étude sur le sujet dans un entretien pour The Sun.

"Les patients viennent avec des difficultés sexuelles, mais en fait parfois la première chose à traiter, c'est l'insomnie. Si vous êtes tout le temps fatigué, on aura beau mettre en place des choses pour faire revenir la libido, ça n'enlèvera pas la fatigue, et on reste dans cette difficulté-là", abonde Camille Bataillon.

"Un jour, un médecin m'a dit 'mais monsieur vous avez un trouble, c'est un trouble du sommeil'. C'est là que je me suis dit 'okay, c'est normal alors d'avoir des conséquences durables sur ma vie'. Le manque de concentration, de motivation et de libido, tout était lié", se souvient Mathis.

Gael tente lui aussi de comprendre son trouble et de résoudre ce problème qui lui gâche la vie. "J’ai vu une sexothérapeute, pour voir ce qu’on pouvait mettre en place, comme trouver une nouvelle routine. Le soir, ne pas forcément se poser devant la télé, se faire des massages mutuels... Je me disais 'à force de refuser les sollicitations de mon mec, est-ce qu’il ne va pas se lasser un jour ou l’autre ?'. J’ai essayé de maintenir un peu une séduction, ça pouvait être des petits textos, des petites photos, mais au moment de passer à l’acte c’était beaucoup plus compliqué. Je me dis 'm*rde j’ai 26 ans, j’ai un chéri qui me comprend et qui me satisfaisait sexuellement, il m’a demandé en mariage, je n’ai pas envie de faire une croix sur mon désir'."

Vidéo. Façon Sexe - Caroline Michel : "Le travail des femmes pour la sexualité est invisibilisé"

*Les prénoms ont été modifiés.

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