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Lesbiennes, elles sont tombées amoureuses d'hommes : "Je lui ai dit que j'étais mariée avec une femme"

Young lesbian couple celebrating their marriage in front of their friends. The wedding ceremony is outdoors
Lesbiennes, elles sont tombées amoureuses d'hommes : "Je lui ai dit que j'étais mariée avec une femme". Photo : Getty Creative

Hétérosexuel, bisexuel, homosexuel, pansexuel ou encore asexuel... À mesure que la parole se libère et que les combats de la communauté LGBT prennent de l'ampleur, les projecteurs sont mis sur le rapport au genre et au sexe, y compris en ce qui concerne l'orientation sexuelle. Ces mots, qui se sont popularisés ces dernières années, peuvent aider de nombreuses personnes à s'affirmer. Mais que se passe-t-il quand les certitudes s'effondrent ? Des femmes qui se sont toujours définies comme lesbiennes racontent comment elles sont tombées amoureuses d'une personne du sexe opposé.

"J'ai eu des amours hommes, même s'il se trouve qu'aujourd'hui je suis plus attiré par les femmes. Elles me fascinent, c'est inouï. Et puis soyons honnêtes, avoir vécu une sexualité homosexuelle m'a beaucoup apporté et m'a fait comprendre justement que la sexualité, ce n'était pas d'un côté l'identité féminine, et de l'autre la masculine. C'est beaucoup plus complexe." Ces mots, ce sont ceux de l'acteur Charles Berling, qui avait donné un entretien au magazine Têtu, en 2011. Le comédien, qui a évoqué ses aventures sexuelles sans complexe, expliquait son incompréhension face aux étiquettes de l'orientation sexuelle, et la pression extérieure, sociétale, de devoir se définir à tout prix : "Ce qui me gêne vraiment, c'est l'idée que l'on doit choisir son camp une bonne fois pour toutes."

Dans l'émission "En aparté" sur Canal +, Charles Berling a déclaré avoir fait "l'expérience du genre", qui s'invite désormais dans les débats de société : "Les jeunes parlent beaucoup de genre, moi j'ai beaucoup vécu ça. Je l'ai pratiqué de façon concrète, c’est-à-dire d'être à la fois féminin et masculin. Un sexe, ça se déplace dans la vie. Moi j'ai eu une période homosexuelle, maintenant je ne le suis plus." Du fait de son passé, il a estimé avoir "compris que la sexualité n'est pas d'un côté l'identité féminine, et de l'autre l'identité masculine."

"Je ne comprenais pas qu'on puisse vivre avec un homme"

Tomber amoureuse d'un homme, et vivre avec au quotidien, c'est la dernière chose à laquelle Cathy*, 47 ans, s'attendait. "Je ne pensais pas être avec un homme dans ma vie, j'ai toujours été avec des femmes, même si j'ai eu des relations sexuelles avec des hommes, mais pas de relation de couple", se remémore celle qui n'a eu pendant longtemps des histoires "sérieuses", des histoires d'amour, qu'avec des femmes.

"Ma première relation c'était avec une femme, je l'ai dit vers 20 ans à ma famille, je me revendiquais lesbienne. Après, je pouvais avoir des relations sexuelles avec des hommes, pendant une soirée, mais je ne pouvais pas plus. En fait, je ne me voyais pas du tout vivre avec un homme. Je ne comprenais pas qu'on puisse vivre avec un homme, et encore aujourd'hui, ce n'est pas si simple", explique-t-elle.

Après plusieurs histoires avec des femmes, dont une relation de dix-sept ans au cours de laquelle elle a fini par se marier, Cathy s'inscrit sur un site de rencontre où elle indique chercher des hommes et des femmes. "J'avais envie de voir si je pouvais rencontrer quelqu'un d'autre et en fait, ça s'est fait tout de suite, ça a été trop rapide, je ne m'y attendais pas. Je pense que ce qui m'a poussée vers un homme, c'est mon désir d'enfant. J'ai été en Espagne, en Belgique pour avoir un enfant... Ça n'a jamais marché. Peu de temps après le mariage, ma femme m'a dit qu'elle ne voulait plus qu'on essaye d'avoir d'enfant, elle en avait marre. Ça a fait le déclic dans ma tête, et puis je n'ai rien contrôlé."

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"Je lui ai dit que j'étais mariée avec une femme"

Face à des projets de vie qui divergent, le couple bat de l'aile et décide de divorcer. Cathy trouve refuge dans ses discussions en ligne. Elle tombe sur Bruno*. "J'ai vu son profil. Je me suis dit 'il faut que je discute avec lui' et dès que j'ai discuté avec lui, c'était évident. Je ne me l'explique pas plus que ça, je venais de passer dix-sept ans avec ma femme, on était mariées depuis deux ans, j'avais toujours eu uniquement des histoires d'amour avec des femmes. Je ne sais pas, peut-être que je me suis lassée... J'étais lesbienne, je me revendique féministe, oui, mais lesbienne "à tout prix", je n'ai jamais revendiqué ça."

Avec Bruno, les choses vont très vite : "Ça a matché très rapidement et on est tombés très amoureux", décrit Cathy, qui joue cartes sur table dès le départ. Les correspondants se parlent très régulièrement et s'appellent fréquemment avant de convenir d'un premier rendez-vous. "Je lui ai dit que j'étais mariée avec une femme -je n'avais pas commencé de procédure de divorce, mais j'étais séparée- et lui au début, de prime abord, il s'est dit 'mais c'est qui cette fofolle qui me court après ?'. Mais il est venu au rendez-vous. Tout de suite, on était très attachés l'un à l'autre."

Cathy lui fait aussi part de son désir profond d'avoir un enfant. "Il n'avait pas d'enfant, il en voulait, mais il se disait 'c'est peut-être trop tard'. Quand on s'est rencontrés, je crois qu'au deuxième rendez-vous, il m'a dit 'si tu veux des enfants, on fera tout ce qu'il faut'."

"Mais qu'est-ce que tu fous, t'es folle ou quoi ?"

La quadragénaire présente ensuite Bruno à son entourage sans appréhension particulière : "Je n'ai pas eu peur, je l'ai connu à 42 ans, la peur je la laisse aux petits jeunes ! Au bout d'un moment tu ne te poses plus toutes ces questions, tu vis ce que tu as à vivre. Les gens, je m'en foutais de ce qu'ils pouvaient bien penser. De toute façon, j'avais été lesbienne, et là, je m'en étais pris dans la figure."

Cathy parle de sa nouvelle relation à sa famille : "Quand je leur ai annoncé la nouvelle, mes parents étaient très contents. Ça reste la "vieille génération", ils ont sauté au plafond, c'est sûr. Dans un premier temps, j'ai dit que je divorçais, donc ça c'était un drame, et puis après quand j'ai dit que j'étais avec un homme, ils étaient ravis." Ses amis, qui l'ont toujours vue avec des femmes, sont davantage surpris : "Mes copains m'ont dit 'mais qu'est-ce que tu fous, t'es folle ou quoi ? En plus tu choisis un homme vraiment viril... Tout l'opposé d'une femme'. Ils ont regardé qui était ce bonhomme-là qui arrivait dans ma vie. Mais je n'ai pas vraiment eu de réactions négatives, beaucoup moins que quand j'ai annoncé mon homosexualité. Personne ne m'a tourné le dos parce que j'allais me mettre en couple hétéro. Ça arrive plus souvent qu'on ne le croit, en fait. Ensuite, je suis tombée enceinte dix mois après notre rencontre. Tout s'est tourné autour de cet enfant et ça a accéléré la bienvenue de Bruno*, parce que c'était "la Providence" qui arrivait là. Enfin, j'atteignais le bonheur après lequel je courais depuis tant d'années."

"Pour moi la vie, elle est plus simple entre femmes"

Pour autant, elle ne se définirait pas comme hétéro : "Ce sont les autres qui me demandent de me définir. Je peux dire que je suis bi, mais je dis souvent que je suis lesbienne avec un homme. Dans ma tête, je suis lesbienne, mais je suis avec Bruno. Je ne pense pas qu'il y aura d'autres hommes si on se sépare, même si je ne sais pas ce qu'il adviendra de ma vie. Pour moi la vie, elle est plus simple entre femmes. On fait les mêmes choses, on se comprend, on a les mêmes façons de penser... Donc ça, c'est plus facile. Ce n'est pas si simple que ça de vivre avec un homme. Moi, parfois, je ne comprends rien quand il s'enferme dans sa "caverne" là. Je me dis 'qu'est-ce que c'est que ça ?' Nous (les femmes; ndlr) on ne s'enferme pas dans notre caverne. Avec une femme, la communication est plus facile, plus évidente."

Sur le plan sexuel aussi, Cathy avait quelques appréhensions et n'a pas pu, comme n'importe qui, s'empêcher de comparer sa nouvelle relation avec ses précédents rapports sexuels : "Ce que je peux regretter, parfois, c'est le manque de tendresse par rapport à des rapports avec une femme. Au début, j'avais une certaine crainte. J'avais un certain âge, mais pourtant un manque d'expérience. J'avoue m'être un peu documentée et ensuite, les choses se sont installées naturellement. Finalement, la sexualité avec un homme est plus simple, car elle est plus mécanique, c'est plus facile d'aller chercher ce qu'on désire."

Si la vie quotidienne et sexuelle demandent quelques ajustements, le fait que Cathy puisse être attirée par les femmes n'a jamais posé problème. "Je ne crois pas que ce soit une crainte, c'est une histoire de couple, on se fait confiance. Comme dans tous les couples, l'autre peut partir avec quelqu'un d'autre, que ce soit un homme ou une femme. Moi, je peux partir avec un homme et une femme, donc ça fait "double danger". Mais il n'a pas cette crainte-là, il ne l'a pas exprimée. On en a déjà discuté. Il y a des hommes qui pourraient dire 'tu m'embêtes avec le fait d'avoir été lesbienne', lui il s'en fout, il l'a dit à ses potes... Il n'est pas gêné par ça. Ce qui aide, c'est plus le nombre d'expériences que tu as eues qui font que, j'espère, tu es heureux dans ton couple. Tu sais ce que tu veux, tu es plus serein... L'orientation sexuelle, elle ne change rien, en fait."

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*Les prénoms ont été modifiés

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