Publicité

"Man ban", elles ont décidé d'arrêter les hommes : "J’ai "élevé" mes standards, je n’ai pas envie d’être la deuxième mère d’un gamin"

"Man ban", elles ont décidé d'arrêter les hommes : "J’ai "élevé" mes standards, je n’ai pas envie d’être la deuxième mère d’un gamin". Photo : Getty Creative
"Man ban", elles ont décidé d'arrêter les hommes : "J’ai "élevé" mes standards, je n’ai pas envie d’être la deuxième mère d’un gamin". Photo : Getty Creative

Mieux se connaître, travailler sur soi, se protéger... Il existe de nombreuses raisons de choisir de ne plus avoir de relations sexuelles ou amoureuses. Le "man ban", qui consiste à ne plus laisser entrer quelqu'un dans sa vie pendant une période plus ou moins déterminée, semble d'ailleurs de plus en plus populaire, notamment chez les femmes hétérosexuelles, lassées de courir après l'idéal amoureux qu'on leur fait miroiter depuis leur naissance. Pour Yahoo, des femmes qui ont fait une pause avec les hommes partagent leur expérience.

Les "hommes, tous des c*nnards." "C'est quand tu t'y attendras le moins que ça t'arrivera." Combien de fois avez-vous entendu ces phrases, si récurrentes qu'elles en deviennent cliché ? Ces deux ritournelles des relations amoureuses s'appliquent en tout cas assez bien au "man ban", ou le voeu de célibat qui consiste à cesser de rechercher ou d'avoir des relations amoureuses et/ou sexuelles pendant un certain temps.

Qu'elles soient déçues par de multiples expériences avec des "c*nnards", qu'elles souhaitent travailler sur elles-mêmes pour finalement trouver la personne qui leur correspond, ou, tout simplement, qu'elle n'aient pas envie d'avoir des interactions avec des hommes pendant une période plus ou moins longue, certaines femmes choisissent délibérément d'être célibataires et d'assumer cette situation. Avec la révolution #MeToo, qui a interrogé les relations femmes-hommes dans l'intimité, de plus en plus de femmes se questionnent sur leurs réels désirs. Ont-elles envie de vivre avec quelqu'un ? Ont-elles envie de faire des concessions ? D'être épouse ou mère ? Ont-elles envie de plaire à elles-mêmes ou aux autres ?

"Elles cherchent à trouver une validation de leur valeur"

Le "man ban" semble permettre aux femmes de se choisir en priorité dans une société qui présente encore le couple hétérosexuel comme le Graal. Comme l'a écrit la journaliste Mona Chollet dans "Réinventer l'amour", paru en 2021, "au coeur de nos comédies romantiques, de nos représentations du couple idéal, est souvent encodée une forme d'infériorité féminine, suggérant que les femmes devraient choisir entre la pleine expression d'elles-mêmes et le bonheur amoureux."

Vidéo. Amal Tahir : "À cause des films, la femme a souvent l’impression qu’elle a de la chance d’être aimée"

Idéaliser le couple mène souvent à des déceptions, d'autant plus grandes face aux concessions et aux sacrifices qui peuvent être faits pour qu'une relation existe. "Au début d’une relation, on a l’impression que l’autre comble tous nos besoins, parce qu’on est sous le charme, sauf qu’en fait, c’est impossible. Et le "prince charmant", c’est un peu ça, c’est quelqu’un qui comble tous nos besoins sans qu’on ait besoin de lui dire, et sans même que l’on sache nous ce que c’est, c’est un peu le piège dans lequel se retrouvent beaucoup de personnes. Certaines sont à la recherche d’une relation à tout prix. Elles sont amoureuses de la rencontre, de la relation, du fait qu’on s’intéresse à elles, pas de l’autre. Elles cherchent à trouver une validation de leur valeur", décrit Alexandra Vatimbella, sexologue contactée pour les besoins de cet article.

"Les hommes ne savent pas ce qu'on aime"

Face à ses efforts et au déséquilibre qu'elle constatait dans ses relations, Adèle*, 23 ans, a décidé d'arrêter de fréquenter des hommes pendant quelques temps. "Je trouve que les hommes ne sont pas à la hauteur des attentes des femmes. Bien souvent, ils manquent d’hygiène, d’autonomie, de maturité et de recul face à beaucoup de situations et également dans le quotidien."

Adèle se souvient particulièrement de sa toute première relation : "J’ai eu mon premier petit ami à 15 ans, et j’ai aussitôt vraiment vécu la charge mentale d’une mère avec deux enfants, il fallait lui rappeler de se laver, il ne rangeait pas sa chambre, ne changeait pas ses draps, se nourrissait comme un enfant (céréales au lieu d’un repas, friandises et bonbons…), c’était vraiment pesant. J’ai remarqué que ce n’était pas un comportement isolé quand j’en ai parlé avec des amies, et au fil de mes autres rencontres. J'ai l'impression que les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes attentes, pour ma part je suis quelqu’un de naturellement attentionné, j’ai remarqué que les hommes (de façon générale) l’étaient beaucoup moins, ils ne savent pas ce qu’on aime, ce que l’on fait au quotidien, comment on réfléchit, alors qu’une femme saura naturellement répondre 'ah ça, je sais que ça lui fera plaisir.' Pendant une période, j’ai donc décidé d’arrêter de façon délibérée mes relations avec les hommes suite à des déceptions récurrentes."

La jeune femme met réellement sa résolution en application : "J’ai arrêté de flirter avec des hommes ou de sortir avec, d’essayer d’en rencontrer également, comme par exemple via des applications de rencontre. J’ai décidé d’être moins réceptive à la drague également. J'ai coupé ces interactions pendant environ six mois."

"L'autre n'est pas responsable de notre bonheur"

Adèle explique avoir rapidement tiré des bénéfices de cet isolement amoureux choisi. "Ça m’a permis de prendre plus confiance en moi et d’arrêter d’attendre de la part des hommes ce que je pouvais faire moi-même, j’ai appris sur moi-même et appris à aimer ma propre compagnie. Depuis, je me trouve moins dépendante de l’affection masculine, moins "dépendante affective"." Actuellement, la jeune femme est de nouveau en couple : "J’arrive à rester seule et j’en attends moins. Pour autant, j’ai "élevé" mes standards, je n’ai pas envie d’être la deuxième mère d’un gamin, s’il ne s’assume pas seul, je ne l’assumerai pas non plus."

Vidéo. Aurélia Schneider : "En France, les femmes, ce sont 3h26 de tâches domestiques par jour, contre 2h chez les hommes"

"Le man ban" peut également permettre de "remettre les compteurs à zéro" après une rupture amoureuse et de traverser plus sereinement cette période, plutôt que de se précipiter dans une nouvelle relation. "En fonction des relations qu’on a eues, si ce sont des relations douloureuses, ça arrive qu’on ait quand même besoin d’un moment pour passer à autre chose. Parfois les personnes enchaînent les relations, probablement à cause de la peur d’être seules, plutôt que par réelle envie d’être en couple avec l’autre, ça comble un manque. Je pense que cette pause permet de réaliser que c’est à nous de combler nos besoins et que l’autre n’est pas responsable de notre bonheur", explique Alexandra Vatimbella.

"Si on n'a pas fait d'introspection, on a toujours les mêmes problématiques"

Marie*, 24 ans, célibataire après une relation d'un an et demi, a d'abord rapidement voulu retrouver quelqu'un : "Je suis, "une fille à relations". Depuis que j’ai commencé à fréquenter des hommes, j’ai toujours eu "la chance" d'avoir été en couple. Après la rupture, ma première réaction, au lieu de travailler sur ma tristesse, a été de "profiter de mon célibat", de sortir de ma case de "fille à relations". Mais à ce jeu-là, je me suis perdue. Depuis mi-février dernier j’ai donc décidé d’arrêter les hommes pendant un moment." La jeune femme se félicite de cette décision : "Cette prise de recul sur les hommes et la façon dont je me considère dans leurs yeux, c’est la première fois que je la vis. Je prends le temps de ressentir toutes mes émotions, notamment concernant ma dernière rupture qui parfois me donne encore quelques maux de cœur.".

La tentation d'enchaîner les relations est grande, notamment quand l'essor des applications de rencontre donne l'illusion que l'âme soeur se trouve au bout de nos doigts, à un "swipe" près. "Il y a une forme "d’addiction", il y a des gens qui passent un temps fou sur les applis de rencontre, à enchaîner des rendez-vous, des discussions, à passer des heures à échanger avec ces personnes et à attendre des messages en retour. Ils délaissent certains autres besoins pour passer du temps avec des personnes qui finalement ne leur apportent pas grand chose. Ils tombent dans le piège de la gratification immédiate. Ils se disent 'on s’intéresse à moi, j’ai une relation.' C’est le jeu de la séduction, dans lequel on peut se perdre à un moment donné. Parce que si on enchaîne les relations, on n’a pas fait cette introspection, en général, donc il y a de grandes chances qu’on retombe dans les mêmes schémas et les mêmes problématiques", met en garde Alexandra Vatimbella.

"J’ai l’impression qu’aujourd’hui tout est calculé"

La profusion des profils et les discussions en ligne ont de plus favorisé l'émergence de nouveaux comportements, qui peuvent parfois laisser des séquelles sur la santé mentale, comme le ghosting (le fait de couper tout contact avec la personne sans explication). Camilla*, 27 ans, l'a expérimenté plus d'une fois. "Je trouve que les relations hommes-femmes sont devenues extrêmement lassantes. Le procédé de rencontre est devenu fatigant, les applications de rencontre ont biaisé tout un tas de trucs. C’est toujours la même chose, tu fais une rencontre, l’échange se passe bien, tu vas boire un verre et si tu couches avec la personne le premier soir ou au bout de deux-trois jours, tu te fais "ghoster" direct. Si tu laisses un peu traîner les choses pour apprendre à connaître la personne, tu te fais aussi "ghoster" ou alors tu te retrouves avec une excuse bidon. 'Je crois que je ne suis pas prêt, c’est pas ce que je veux, je pense encore à mon ex…' Toujours des trucs comme ça. J’ai l’impression qu’aujourd’hui tout est calculé, rien n'est naturel, et ça me fatigue énormément."

Vidéo. Éliette Abecassis : "Ce qui est en train de se passer est un enjeu essentiel de notre société"

Camilla a donc décidé d'arrêter ses recherches : "À un moment donné, si ça doit arriver, ça arrivera. Mais cette phrase est triste parce que t’as l’impression de ne plus trop avoir le contrôle sur ta vie quand tu dis ça. Tu te dis oui mais si ça n’arrive pas, tu vas passer à côté d’un truc dont t’avais vraiment envie."

Pour la jeune femme, qui souhaite fonder une famille, ces échecs sont une source d'inquiétude : "On te dit 'on devient un adulte plus tard' maintenant. Quand t’es un mec, tu peux te permettre d’être encore un ado à 30 ans, mais quand t’es une femme, à 30 ans, tu peux pas trop de permettre d’être encore une ado si t’as vraiment envie de construire une vie de famille, dans le sens où nous on est quand même un peu stressées par nos ovaires. J’ai l’impression que ça crée un gros déséquilibre."

"Je me suis découverte sexuellement moi-même"

C'est pourquoi il est primordial de travailler sur soi et de savoir ce que l'on recherche vraiment, pour éviter de perdre du temps et de l'énergie. "Ce genre de situation, c’est parce qu’au départ on a un manque de questionnement sur le genre de relation qu’on veut, le genre de partenaire qui nous conviendrait et sur nous, qui sommes-nous en tant que partenaire. Cette pause, avec du travail et des questionnements, permet de réaliser qu’on construit soi-même son bonheur, sinon on a trop d’attentes", affirme Alexandra Vatimbella.

C'est exactement ce qu'a fait Victoria, 26 ans, qui a ainsi eu le temps de bien se connaître avant de trouver un partenaire avec les mêmes attentes et d'être épanouie dans sa relation actuelle, notamment sur le plan sexuel. "J'ai préféré vivre ma vie et plutôt cultiver mes amitiés, mes relations avec ma famille. Je pense que ça m’a apporté une certaine forme de liberté, finalement. Je ne gaspillais plus trop d’énergie à y penser (au fait d'être célibataire; ndlr). J’ai plutôt concentré mon attention "sexuelle" dans le fait de me découvrir moi-même. Et ça a été bénéfique pour la relation que j’ai en ce moment."

*Les prénoms ont été modifiés.

À lire aussi :

>> Les femmes sans mari et sans enfant seraient plus heureuses (et vivraient plus longtemps)

>> Je milite donc je deviens lesbienne : "Ne plus voir d'hommes, c'était ma façon de dire 'plus jamais ça'"

>> Abstinence au sein du couple : "Je n'ai pas couché avec mon copain pendant deux ans"